LE BENITIER HIEROGLYPHE DE L'ABBE SAUNIERE

Le bénitier hiéroglyphe pour Gérard de Sède

 

 

 

Dès 1967, Gérard de Sède nous propose une exégèse passionnante et très probable, du célèbre Asmodée et de la composition générale du bénitier de l'église de Rennes-le-Château, qu'il voit comme un hiéroglyphe au sens très précis. Voici ce que dit Gérard de Sède dans l'ouvrage « Le trésor maudit de Rennes-le-Château » éd. J'ai Lu :

 

 

Sitôt franchie la porte de l'église, un groupe pour le moins surprenant nous accueille. Un diable hideux, sculpté et peint, grandeur nature, soutient le bénitier. Il semble assis sur un siège invisible, sa jambe droite est tordue et il s'applique sur son genou les cinq doigts de sa main gauche. Le pouce et l'index joints de sa main droite forment un cercle. La musculature noueuse de son thorax est peu conforme à l'anatomie : une côte est plate et le mamelon n'est pas du tout à sa place. Le bénitier qu'il supporte est surmonté d'un cartouche portant les initiales B.S. et flanqué de deux figures héraldiques : des basilics.

 

Surmontant le tout, quatre anges font chacun l'un des gestes du signe de croix, accompagnés de l'inscription : PAR CE SIGNE TU LE VAINCRAS. Nous sentons bien que ce groupe étrange, montage artificiel d'éléments qui ont peine à s'allier, est une sorte d'hiéroglyphe.

 


La boiterie du diable nous indique à la fois son nom et ce qu'il vient faire ici. Comme chacun sait, le diable boiteux est Asmodée. Or, la Bible et les commentaires juifs connus sous le nom de Midrashim nous apprennent que c'est à lui que Salomon avait confié la garde la caverne contenant son trésor. Le roi étant un jour dépourvu de son sceau, le démon  lui interdit l'accès de la grotte ; c'est seulement quand Salomon eut retrouvé sa bague qu'il put chasser Asmodée dans le désert. Ainsi, en faisant boiter son diable, Bérenger nous dit clairement de quel sujet il veut nous entretenir : du trésor que la légende locale, nous ne l'avons pas oublié, fait garder par le diable près de Blanchefort et au sujet duquel le marquis de Fleury aurait fait un procès, car il était sis sur ses terres.

 

Si, du coup, la curiosité nous prend, une zone de prospection va nous être indiquée avec précision. En effet, pour peu que nous le nommions à voix haute, chaque détail du monument désigne un lieu des environs. Voyons plutôt :

 

 

Le diable semble assis : il existe un rocher nommé Fauteuil du Diable.

Deux de ses doigts forment un cercle : il existe une source nommée Source du Cercle.

Une de ses côtes est plate : il existe, près de la cote 530 de la carte d'état-major, un lieu dit Le Pla de la Coste.

Le mamelon n'est pas à sa place : il existe un lieu dit Sein du Diable, mentionné par Catel, sur l'emplacement d'une ancienne tour à signaux, « sein » étant ici la corruption de « seing », en latin signum.

 

Le diable soutient le bénitier que surmontent les intiales B.S. : Il existe un endroit nommé le Bénitier et il se trouve précisément entre les rivières de la Blanque (B) et de la Sals (S). Bérenger Saunière a ici habilement joué sur ses propres initiales.

 

Enfin, le diable appuie ses cinq doigts sur son genou : sur le rocher appelé Pierre du Pain, sont creusées cinq cupules imitant l'empreinte de cinq doigts et qu'on appelle la Main du Diable.

 

Mais ici, Saunière a raffiné. Le rébus est « à tiroirs » et indique une date : Cinq + Genou donne en effet saint Genou, saint qui se fête le 17 janvier !

 

Un coup d'œil sur la carte nous permet de constater que tous les lieux ainsi indiqués sont, sur le monument, approximativement orientés les uns par rapport aux autres comme ils le sont sur le terrain. Ainsi, les plus incrédules devront nous accorder qu'une accumulation de coïncidences est à exclure.

 

La devise gravée au-dessous des anges : « Par ce signe tu le vaincras », doit maintenant retenir notre attention. Si, comme à Rennes-les-Bains, nous mettons en œuvre le conseil qui nous est donné de suivre, à partir du monument devant lequel nous nous trouvons, le parcours en 4 du « signe de croix », nous serons conduits successivement vers le porche, puis traversant le dallage, vers les fonts baptismaux. D'autre part, nous noterons aussitôt que partout et toujours, la traduction du fameux « In hoc signo vinces » est : «  Par ce signe tu vaincras. » En y ajoutant « le », Saunière renforce son indication : ce qu'il nous faut vaincre, c'est bien le diable, l'obstacle qui protège le trésor. Cette adjonction produit une phrase de vingt-deux lettres, comme la phrase : « Reddis regis cellis arcis » de la tombe Blanchefort et la phrase : « Terribilis est locus iste » du porche, qui font allusion à une caverne aussi mystérieuse que redoutable.

 

Note de Gérard de Sède : Pour autant qu'elle comporte une traduction tant soit peu cohérente, l'inscription CELLIS ARCIS REDDIS REGIS signifie, si on la lit horizontalement : «  A Rennes royale, dans les caves de la forteresse » ou si on la lit verticalement : « Tu restitues par les caves, tu gouvernes par les coffres. » Sur le porche, en même temps que l'avertissement : « Ce lieu est terrible ». Saunière a gravé « Domus mea orationis vocatibur », « Ma maison sera appelée maison de prières », citation évangélique dont la suite est : « Or, vous en avez fait une cave de voleurs. » Compte tenu du langage qu'on nous parle, on peut soupçonner une allusion à un lieu souterrain, temple ou caverne, d'accès redoutable et contenant, telle la caverne de voleurs d'Ali-Baba, qu'il faut un Sésame pour ouvrir, un dépôt précieux.

 

Ce nombre 22 sur lequel on attire notre attention n'est pas tout à fait quelconque : c'est celui des lettres de l'alphabet hébraïque et il a, de ce fait, toujours prêté à de nombreuses spéculations mystiques ou occultistes.  22 est entre autres – et les bâtisseurs de ce lieu  insolite ne pouvaient l'ignorer – l'un des arcanes du tarot, celui qui s'appelle le Mat. Est-ce donc une partie d'échecs qu'il s'agit de gagner contre le diable ?

 

Si nous suivons le regard du diable, nous remarquons en effet qu'il fixe le dallage noir et blanc disposé de façon à mettre en évidence un échiquier de soixante-quatre cases dont les angles sont orientés vers les points cardinaux. Du temps de Saunière, seule cette partie du dallage existait ; le reste a été ajouté depuis lors. En face du diable, aux fonts baptismaux, un Jésus de stuc que saint Jean Baptiste fixe lui aussi l'échiquier. Les deux personnages, le bouc et le bouc émissaire, le diable vert au socle rouge et le Christ rouge au socle vert, certes opposés mais aussi complémentaires, méditent une invisible partie qui ne peut se jouer sans l'un et l'autre mais à laquelle chacun d'eux propose une solution différente.

 

 

 



14/08/2007
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